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Après Prends garde à la fée verte, Esquisses nomades et Fernandel… aussi, Carton plein est la quatrième coproduction des compagnies CARTE BLANCHE (créée en 1996) et la nébuleuse du crabe (créée en 1992).
La rencontre des deux compagnies s’est faite autour d’un constat : la plupart des spectacles qu’elles proposent est motivée par la même volonté d’un théâtre de proximité avec le public et d’une diversification des lieux de représentation en se déplaçant vers les endroits de vie publique (rues, bibliothèques, trains, entreprises…). C’est donc tout naturellement qu’elles se retrouvent aujourd’hui pour ce projet de théâtre en appartement.
L’idée d’inviter le public chez lui pour une représentation théâtrale nous permet de toucher au plus près notre désir de véhiculer certains spectacles hors des salles qui leur sont réservées.
Dans les foyers qui nous accueillent, à côté des inévitables télévisions, ordinateurs, chaînes hifi et autre Internet, en résumé, à côté de la modernité du multimédia et du virtuel, nous introduisons l’art du spectacle vivant.
Et ne nous y trompons pas : loin de nous l’idée de nous comporter en intrus, nous qui sommes au contraire à la recherche d’une cohabitation riche en échanges et en découvertes.
De plus, les comédiens ne boudent pas leur plaisir en s’appropriant en cours de jeu le décor imposé par l’habitat de l’hôte. Rapidement le texte et le partenaire ne sont plus les seuls points tangibles. Lieu, mobilier et ustensiles sont domestiqués avec jubilation.
Résumé de la pièce
04h30 : Nathanaël Mérédic et Nicolas Del Monico tentent de retrouver le nom de leur propriétaire afin de l'avertir d'un problème de fuite d'eau.
09h00 : nettoyage de soute.
11h30 : préparation d'un colis postal.
16h00 : appel téléphonique à une star.
18h00 : ragoût de mouton.
21h00 : catégorie inter-caillou.
Tandis que Nicolas récure, bourre, bouche, rabote, Nathanaël bougonne sur son canapé.
Mérédic et Del Monico font tomber toute tentative de rationalisation. Leurs discussions nous emportent dans une logique obstinée où la folie se tient en embuscade.

Elle s'est formée au travail du texte et de l'improvisation théâtrale auprès de Blanche Salant et Paul Weaver à l'AIT, au travail du jeu masqué et du clown auprès de François Cervantès, Georges Bonnaud, Vincent Rouche et Françoise Merle.
Elle a suivi une formation de coach à Imagin'hall et a travaillé la méthode Meisner.
La pratique de la danse-contact, du yoga et de la méthode Feldenkrais complète sa formation.
Depuis 1987, elle intervient régulièrement en tant que comédienne ou metteur en scène sur différentes formes de spectacles vivants tout en enseignant de 1993 à 2008 à l'AIT.
En 1997 elle a créé le clown Juliette qui s’est produit jusqu’en 2008 dans un solo, Beau Boulot, Juliette !!!.
Aujourd'hui Mylène Lormier dirige ses ateliers clown et de théâtre.
En juin 2009 elle a mis en scène Carton plein de Serge Valletti.
Note d’intention de mise en scène
Jean-Pierre Ryngaert, universitaire spécialiste du théâtre contemporain, répertorie huit « lois de l’abondance digressive ». Dans la mise en scène je prends appui sur la huitième et dernière loi :
« A force de paroles, il se dit toujours quelque chose. Il est donc également utile de parler pour dire que pour ne rien dire. »
Les écoulements verbaux de Nathanaël Mérédick et Nicolas Del Monico sont d’une efficacité redoutable pour fausser notre système de pensées, ils nous décongestionnent le cervelet (sic Mérédick).
Ainsi désarmé, notre esprit bringuebale et se laisse toucher par les questions de ces deux « défieurs de silence » : Peut-on être aidé quand on a mal ? Peut-on se tromper et mentir à la fois ? Qu’est-ce que ça veut dire qu’on soit obligé de mettre quelque chose qui puisse être n’importe quoi ? Sommes-nous seuls à penser comme nous pensons ?
Dans Carton Plein, tôt ou tard, immanquablement l’intérêt de la parole se mesure. Quelque chose d’essentiel y est questionnée : Est-il possible de sortir des interprétations égocentrées pour se mettre à la place de l’autre et pouvoir s’associer ? Je choisis de faire la part belle à l’humour en mettant en exergue l’incongruité du verbe et du geste.
Les cogitations verbales s’alpaguent à la matérialité des choses, les flux de paroles s’ancrent dans des actions concrètes, comme le changement d’un pansement ou la préparation d’un colis postal.
À propos de Serge Valletti
Jean-Pierre Ryngaert définit ainsi son ami de longue date Serge Valletti:
« Serge est un amateur de digressions, de volutes, d’explications copieuses entre personnages, de précisions infinies dont l’intérêt ne se mesure pas sur le moment et parfois jamais ; le tortueux mensonge développé entre spécialiste de la mythomanie (…) et d’à-peu-près à faire frémir. »
par Hugues JoudrainJ'imagine qu'un matin, à 4h30, Serge Valletti a regardé par-dessus la palissade d’un jardin et a vu un type une pelle à la main. Trop furtivement pour qu’il puisse savoir si le type rebouchait un trou ou en creusait un. Par la fenêtre de la maison située au fond du jardin, à la lueur d’une pauvre lampe, il a aperçu un deuxième type allongé sur un canapé, la tête bandée. En embuscade, il a écrit le premier dialogue entre Mérédick et Del Monico. Il est revenu à 9h, à 11h30, à 16h, à 18h et enfin à 21h pour surprendre d’autres dialogues. Le soir la pièce était écrite.
Dans ce texte, pas d’indications sur le rapport entre les deux personnages (juste un maigre indice qui pourrait laisser penser qu’ils ont la même mère). Des propos parfois énigmatiques, parfois contradictoires, parfois même incohérents. Mais tout n’est qu’apparence quand on se plonge dans l’univers de ces deux-là (j’ai failli écrire de Valletti). À travers les mots nous voici Mylène, Serge et moi-même reconstituant leur passé, leur présent et leur avenir. Des heures à hypothéquer, imaginer, déduire et le puzzle est enfin terminé. Nous avons restitué à ces mots qui nous déroutaient l’évidence de leur sens. Nous offrons à Mérédick et Del Monico les raisons de leurs actes et de leurs dires. Merci à l’auteur de nous avoir laissé un tel terrain à défricher.
Sylvie, Paris, 15 mai 2009
C’est une expérience singulière de dépaysement que de prêter son lieu de vie pour une représentation de théâtre en appartement.
Pousser la porte de chez soi et entendre des mots qui nous sont étrangers, découvrir sur les meubles du salon des objets inconnus (un téléphone en bakélite noir, un album gris, un miroir). Sentir que tout espace familier est devenu le décor d’une histoire qui n’est pas la nôtre. Vivre l’évidence qu’il ne faut plus rien toucher ; que tout est maintenant dispositif scénique en attente. Même les lampes du salon brûlent alors pour moi d’une lumière différente. Je suis debout dans l’entrée, les mains derrière le dos, comme une enfant dans un magasin de porcelaine, éblouie par la magie d’une scène sans rideau, une scène qui a surgi de mes meubles différemment agencés… par la seule force de l’intention créatrice. Ma chambre, convertie en coulisse, n’accueille plus les manteaux des invités, c’est la salle de bains qui fait office de vestiaires. Nous jouons avec les lieux, nous aussi nous improvisons. A 20h30 tous mes invités prennent place sur les trois rangées des chaises qui sillonnent le salon. Les portables sont éteints, le digicode muselé. Le spectacle peut commencer.
Béatrice, Paris, 23 mai 2009
C'est toujours très intéressant de voir mon lieu passer du privé au public et le voir se transformer pour laisser place à l'univers de la pièce. C'était aussi intéressant de devenir visiteur dans mon propre lieu, spectateur extérieur au travail sur un territoire que vous vous êtes très bien approprié. Je trouve qu'il est essentiel que le théâtre puisse vivre ailleurs que dans des lieux de théâtre.
J'ai trouvé votre adaptation très fraîche et légère. Elle m'a beaucoup faite penser à celle de Michel Didiym pour Le jour se lève Léopold, autre pièce de Valletti.
Virginie et Rachid, Gagny, juin 2009
Comme après chaque représentation Mylène, Serge et moi-même circulons parmi les spectateurs un verre de vin à la main, une chips ou une cacahuète dans l’autre. Les oreilles à l’affût.
Reprenons. Le texte de Serge Valletti est chiche en informations sur le rapport qui lie les deux personnages de sa pièce, sur le but que chacun d’entre eux poursuit à travers dialogues et situations. Nous avons donc, à six mains et trois cerveaux, créé une biographie de Nathanaël et de Nicolas et, de fait, la fin de la pièce. Sauf que. Respectant le choix de l’auteur de ne pas imposer une fin explicative, nous proposons une fin ouverte dans laquelle nous essaimons quelques pistes sur ce que nous avons décidé de l'avenir des deux personnages.
Et tandis que nous déambulons le verre maintenant vide, le public ne nous explique pas ce qu’il a compris mais ce qu’il a imaginé.
Hugues Joudrain
Jeanne et Gérard, Sète, août 2009
20h15. De la cabanette qui surplombe la baie de Sète, le bassin de Thau et le jardin où va avoir lieu la représentation, Serge et moi-même nous préparons à faire notre entrée tandis que Mylène annonce le spectacle. Le jour décline. Jeanne : “J’étais ravie de recevoir ce spectacle et en même temps je ne pouvais me défaire d’une certaine appréhension quant à la réaction du public confronté à la proximité des comédiens, à l’originalité du texte.”
21h45. De la clarté de la journée ne subsiste qu’un mince bandeau à l’horizon. Après avoir rangé nos costumes nous approchons d’une tablée où une trentaine de personnes, le public, est occupée à ouvrir les bouteilles et installer les salades et autres tielles sétoises. Jeanne : “C’est une expérience surprenante de se retrouver dans le salon de ces deux personnages, si proches d’eux et néanmoins invisibles, témoins de leur joute verbale.”
Mais déjà on nous invite de la voix et du geste. À votre santé monsieur Valetti !